Angelina & Najat, une affaire de femmes

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Il y a des clichés qui vous bouleversent. Peut-être parce qu’ils figent une émotion, un combat, une ressemblance.

Cette rencontre entre Angelina Jolie, militante glamour et engagée de la cause des femmes et des enfants et notre Ministre Najat-Vallaud Belkacem fait partie de ceux-là.

Un regard, un sourire, un contact, une action. Le feu et la glace enfin complémentaires.

La légende de cette photo pourrait être  "J’ai adoré votre dernier film – vous êtes vraiment incroyable. Lara Croft est mon héroïne favorite ».

Sincèrement, j’aurais presque préféré… Car dans un monde idéal, il n’existe pas de violences sexuelles, donc pas de nécessité d’en faire un débat à l’ONU ou d’adopter des résolutions pour encadrer les Etats terrifiants

L’ONU organisait en juin dernier un débat  « Femmes, Paix et Sécurité : les violences sexuelles dans les conflits »C’est à cette occasion que cette poignée de mains s’est faite.

Angelina Jolie est ambassadrice au Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. Elle est allée en Syrie visiter des camps de réfugiés. Elle revient les valises pleines de récits d’horreurs qui font du viol une véritable arme de destruction massive. Un viol d’une enfant de 5 ans sous les yeux de sa mère (j’ai une fille de 5 ans, j’ai le sang glacé et la gorge nouée), un petit garçon de 10 ans obligé à violer sa soeur ou sa mère.

Comment se remet-on de cela ? Où est la dignité humaine ? Comment peut-on imaginer qu’une fois la paix revenue, ces familles déchirées, anéanties par ces agissements peuvent vivre à nouveau…La résilience n’a-t-elle pas ses limites ? D’autant plus quand aucun cadre juridique/politique/mondial n’aide à reconnaître ces exactions…

La guerre justifie-t-elle toujours l’horreur ? Je pensais que nous avions fait quelques progrès depuis les 70 dernières années…

Là, Je repense à cet aspect sordide du conflit de l’ex-Yougoslavie que le magnifique texte du Monologue du Vagin avait sorti de l’ombre. Entre poésie et horreur, je me souviens de mon dégoût, de mes larmes et de mon envie de fuir l’insupportable indicible murmuré par Fanny Cottençon.

A New York, Angelina Jolie a lancé un discours appuyé, déterminé et critique à l’égard de l’ONU pour que l’organisation agisse à défaut des Etats eux-mêmes. Que l’ONU joue son rôle d’objecteurs de consciences, de protection des droits humains, prenne ses responsabilités.

Notre Ministre quant à elle, a oeuvré pour porter ce sujet au Conseil de Sécurité. Sa mobilisation et sa détermination ouvrières ont permis de voter à l’unanimité la résolution 2106 qui consolide les mesures de prévention contre les violences sexuelles et renforce les poursuites des auteurs de ces crimes. Le Conseil de sécurité a condamné ces pratiques de terreur et attentatoires aux Droits des femmes. Déjà un pas, une action et un sujet médiatisé – tout cela devant les yeux bleus acier d’Angelina.

A retenir de ce débat et de cette résolution : Prévention, Protection des victimes, Poursuite  des agresseurs et Participation des femmes au processus de paix. Pour que le « corps des femmes (ne soit plus) un champ de bataille » comme l’a dit notre Ministre.

J’avais simplement envie de dire que je suis fière. Fière de nous et fière de l’engagement de la France.

C’est peut-être l’arrivée du 14 juillet qui me fait ça…

Pour celles et ceux qui voudraient relire les Monologues….

Extrait des monologues du Vagin – Eve Entier

« J’ai interviewé des femmes bosniaques dans des camps de réfugiés pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Vingt à soixante-dix mille femmes avaient été systématiquement violées, sous prétexte de tactique de guerre, en plein milieu de l’Europe, en 1993. Il est très choquant que si peu de gens aient essayé d’y mettre un terme. Cela dit, cinq cent mille femmes sont violées tous les ans dans notre pays et nous ne sommes pas en guerre, enfin, théoriquement.


Ce monologue est inspiré par l’histoire d’une de ces femmes. Elle était musulmane, comme la plupart des femmes interviewées. Avant cette guerre, le viol n’avait jamais fait partie de leur culture. Ce monologue lui est dédié, ainsi qu’à toutes ces femmes extraordinaires de Bosnie et du Kosovo.

 

Mon vagin, mon village

Mon vagin était une fraîche prairie verte et rose. Les vaches paissaient, mon fiancé me caressait tendrement avec un fétu de paille blonde.

Il y a quelque chose entre mes jambes. Je ne sais pas ce que c’est. Je ne sais pas où c’est. Je ne veux pas y toucher. Plus maintenant. Plus depuis. Plus jamais.

Mon vagin était bavard, il ne pouvait attendre, il en disait, il en disait.

Depuis que je rêve qu’il y a un animal crevé cousu entre mes jambes avec du fil noir, il ne parle plus. Et l’odeur horrible de l’animal mort m’envahit. Et sa gorge tranchée saigne et tache mes robes d’été.

Mon vagin connaissait toutes les chansons de femmes, toutes les chansons paysannes, toutes les chansons des forêts d’automne, toutes les chansons du pays.

Depuis que les soldats y ont glissé le canon de leur fusil, il ne chante plus. L’acier était si froid qu’il m’a glacé le cœur. Vont-ils tirer, vont-ils l’enfoncer jusqu’à mon cerveau qui se tord de peur ; je ne sais pas. Six d’entre eux, monstres affreux encagoulés de noir, m’enfoncent des bouteilles aussi et des matraques et un balai.

Mon vagin était l’eau d’une rivière où il faisait bon se baigner, eau claire, courant sur les pierres inondées de soleil, sur la pierre de mon clitoris, encore et encore.

Depuis que j’ai entendu la chair se déchirer avec un bruit strident, la rivière ne coule plus. Plus depuis qu’un morceau de mon vagin, un morceau de ma lèvre est resté dans ma main.

Mon vagin. Village vivant, doux et chaud. Mon vagin, là où je suis née.

Depuis que, pendant sept jours, ils m’ont chacun à leur tour, puant la merde et la pourriture, inondée de leur sperme immonde, je n’y habite plus. Je suis devenue une rivière charriant le pus et les poisons et toutes les récoltes sont mortes et tous les poissons.

Mon vagin, village vivant, doux et chaud.
Ils t’ont envahi. Massacré.
Incendié.
Je ne peux plus te toucher.
Je ne peux plus venir te voir. J’habite ailleurs à présent.
Ailleurs. Mais je ne sais pas où c’est.

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avisdemamans avis Publié le 7 juillet 2013 Par avisdemamans avis
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