INSCRIPTION

Je suis Charlie pour Ta liberté

Que j'en ai eu des discussions enflammées avec mon père à propos de politique, de société et du reste... J'avais 16 ans, j'étais têtue et je voulais changer le monde.

Lui, il avait déjà changé le sien en quittant son pays 20 ans plus tôt. La dictature Salazariste, il connaissait, la guerre d'Angola, il l'avait faite. La censure médiatique était monnaie courante... J'ai été élevée avec un profond respect de ce qu'offre la liberté et surtout avec un amour de la libre pensée accrue d'opiniâtreté.

Et il me serinait " tu as ton libre arbitre, à toi de choisir".

Le libre arbitre... je me souviens que j'avais du mal à saisir cette notion. Je ne la comprenais pas. Elle mixait libre, ça j'étais ok, surtout à 16 ans, c'est plutôt un truc qu'on a envie de cultiver... mais arbitre renvoyait à une certaine neutralité...

Bref, une neutralité libre... Je ne comprenais rien...Est-on vraiment libre quand on est neutre. N'est-ce pas ignorer l'autre et rester dans un profond égocentrisme? La liberté n'est-ce pas prendre parti ?Bref, j'avais rien compris à cette expression.

Aujourd'hui, j'ai saisi. Libre arbitre c'est choisir en son âme et conscience. Décider soi-même en considérant les paramètres.Décider de faire quelque chose ou de rester là.

La tragédie de Charlie a réveillé la fougue de mes 16 ans, celle qui m'a fait écrire à F.Mitterrand himself pour lui demander de m'expliquer Maastricht, traité auquel je ne comprenais rien, celle qui m'a fait écouter les joutes verbales du débat l'opposant à Philippe Seguin, celle qui m'a fait envoyer un papier sur la guerre en Yougoslavie à Libération ou à pleurer comme une madeleine à la mort de Serge Gainsbourg...

Celle qui me faisait me sentir encore plus vivante. Et c'est alors que j'ai compris la chance que j'avais d'avoir un père si brillant, si libre de penser, si avide d'information, si curieux de tout et tellement puissant intellectuellement. Un père qui m'a éveillée pour que je ne m'endorme pas.

Charlie m'a fait permis de réaliser cela et il y a eu aussi mon plus jeune neveu de 14 ans. Blessé au coeur par cette barbarie, choqué par cet innommable, sonné par l'impensable... Tuer en plein Paris : journalistes, dessinateurs, économistes, policiers, simples citoyens juifs...

Ce jeune homme plein de ressources envoie un SMS à son grand-père, pour avoir un peu de lumière, comme s'il était son phare...

Il m'a rappelé mes 16 ans... mes révoltes, mes incompréhensions et ces injustices que j'essayais de comprendre ou réparer.

"Papi, j'ai besoin d'un cerveau, je veux discuter, je ne comprends rien à ce qui arrive

S'ensuit alors un échange de textos explicatifs, rassurants et surtout plein d'espoir.

Et surtout, une conclusion qui m'a émue, qui m'a dopée et qui m'a rendue fière d'appartenir à cette famille, fière d'être la fille de ce grand-père pour qui la transmission des valeurs et la conscience sociétale sont fondamentales.

"Je suis Charlie surtout pour sauvegarder TA liberté".

En sous-texte, Je ne suis pas Charlie pour moi, car finalement j'ai toujours été Charlie, je suis Charlie pour toi, pour que tu grandisses libre. Et puis, j'ai revu l'histoire toute personnelle, sa vie toute différente de la nôtre et surtout, la même envie 70 ans après, que demeure l'esprit Voltairien.

Et la volonté aussi que, ce qui a fait notre famille : cultiver son libre arbitre, persiste à travers les générations, peu importe nos trajectoires de vie, tant qu'on se souvient.

Juste ça.

Là.

Comme ça.

Je l'aime mon père.

Il est chiant et je l'aime.

Pour ce qu'il est, ce qu'il fait et ce qu'il m'apprend parfois sans le mesurer... Comme là. Que cela dure longtemps.

Il ne sait pas que je connais ces échanges  avec son petit-fils. S'il le savait, il n'aimerait pas. Heureusement, il ne lit pas ce que j'écris...

Enfin, je crois...

avisdemamans avis Publié le 16 janvier 2015 Par avisdemamans avis
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