INSCRIPTION

La petite musique du civisme ?

Sonnée

Un samedi ordinaire. Un samedi qui démarrait bien. Un ciné à 2 avec mon 8 ans. Une virée tranquille main dans la main. Anxieux ces derniers temps, je l’emmène voir la Vie Rêvée de Walter Mitty.

Y’a le mot vie et le mot rêve et je me dis qu’en ce moment, c’est typiquement ce qui lui faut. Lui, le ténébreux, l’hyper-sensible, le fusionnel… Je souhaite une mini-révélation dans sa tête de petit garçon qui a grandi trop vite. Je crois que j’ai envie qu’il ait de nouveau candeur, espièglerie et audace.

 

2h après, il est conquis. Nous débriefons allégrement de la fantasmagorie du personnage, des grands espaces, de la rencontre, du monde de l’enfance qui revient dans une vie d’adulte et du formidable hommage à l’humain dans la vie d’aujourd’hui. Un conte fantastique sur la vie, les envies, les rêves et nos verrous qui finissent (peut-être à un jour par sauter pour une rencontre ou une passion. Oui il y a de la bonne vieille morale américaine, oui il y a des bons sentiments…A 8 ans, c’est plutôt pas mal et à 37 aussi.

 

En sortant, j’avais envie de voyager, de toucher la « quintessence » du monde : l’Autre. Pour clore ce moment magique, en sortant du ciné, ma moitié était passée nous chercher avec 2 autres membres de l’équipée familiale.

 

Nous racontons nos impressions, des étoiles plein les yeux. La voiture arrive près de notre allée jouxtant la porte du garage. Et un automobiliste en bloque l’acces, attendant une personne passée chercher le pain en face.

 Sonnée - bis
 
 

Appel de phare pour signaler notre présence- rien

2eme appel de phare – tjs rien si ce n’est un regard envoyé via son retroviseur

Klaxon – et là, de avalanche de grands gestes dans la voiture bloquante à notre endroit, regard agressif, mouvement d’humeur via une marche arrière qui manque de nous percuter…et avance finalement pour stationner ailleurs, sans gêner…

La tension monte dans la voiture. Je décide de sortir, pleine de bons sentiments tirés de ma séance de cinéma. Je crois en l’Autre, en ses excuses ou tout du moins, sa capacité à dialoguer.

Je cours vers cette voiture, tape à la vitre. Il attend pour l’abaisser. Je retape, fais un signe pour qu’il la descende. 2 enfants à l’arrière me regarde interloqué.

 

J’explique la situation doucement, gentiment avec sourire. 

« Vous nous bloquiez l’accès à notre parking, vous déplacer c’est simplement du civisme ». Que n’avais-je pas dit… En guise de provocation, il me lance une marseillaise la main sur le cœur…Sa voiture redémarre. Je suis scotchée…troublée, profondément triste.

 La signification de la Marseillaise ? Je n’ose y penser. C’est un chant patriotique – ok. Mais il n’y a rien de patriotique dans ma remarque à son endroit. Quel est le rapport ? Quel raisonnement éclair y-a-t-il eu dans son esprit pour répondre par ce chant ?

Que je l’emmerde à lui demander de se déplacer, je conçois. Qu’il rechigne, gueule, s’invective et devienne agressif…ça j’ai du mal à digérer… Mais alors qu’il chante la Marseillaise quand je prononce le mot civisme…ça m’a sciée.

 

J’ai eu peur de faire un raccourci = marseillaise, extrême droite, ordre public…J’ai d’ailleurs toujours peur. Et je suis triste que le civisme, la courtoisie, la politesse et le respect de l’autre se transforment en agressivité à connotation fascisante.

 

Quel message on envoie à nos enfants ?

« Je te gène, et bien tu vas attendre connasse… car c’est tout pour ma gueule, t’as pas compris. Et ton civisme, je m’en cogne ainsi que ta Marseillaise à la con, signe d’un autre temps.

 T’as pas compris grognasse ? Aujourd’hui c’est comme ça. Et tu vois, mes 2 mômes à l’arrière, c’est aussi ça que je leur inculque. »

 

En tous les cas, c’est ce que j’ai compris de son attitude.

 Putain de Walter Mitty… sans déconner, j’y ai cru… pendant 2h j’ai cru qu’on pouvait se respecter, s’aimer, s’aider, s’excuser et être solidaire.

 Alors je ne suis pas Zorro, juste une femme capable de dire quand il le faut « Excusez-moi je vous ai bousculé en m’asseyant dans le bus » « Pardon, je voudrais juste descendre», « Merci beaucoup de me tenir la porte… »

 

Je ne suis pas colère, je ne suis pas aigreur, je ne suis « que » désenchantée de cet individualisme outrancier avec un parfum parfois assez nauséabond.

 

C’est dit.

avisdemamans avis Publié le 26 janvier 2014 Par avisdemamans avis
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