L'apprentissage de la propreté : quand et comment ?

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Encore une belle session cette semaine sur Facebook à propos de la propreté… Vous voyez l’été approcher et l’entrée à l’Ecole avec… Néanmoins, la condition sine qua non : ne plus avoir de couches et faire pipi/popo dans les wawa… Pfff, grosse pression, sueurs fréquentes, disputes récurrentes… Si vous voulez passer un été serein, lisez les 5 questions posées à notre Dr Balzamo nationale pour rendre votre enfant propre en douceur ! Et puis surtout, sans stress pour personne !

Interview du Dr Balzamo, pédiatre, auteur du Guide de Santé Pour Les Enfants de 0 à 14 ans aux éditions Flammarion.

 

1°) « Bonjour Dr Balzamo. L’été approche (enfin, on espère …) et de nombreuses mamans espèrent bien en profiter pour enlever les couches de leur enfant. Alors comment savoir si le bout d’chou est prêt ? A quel moment faut-il commencer l’apprentissage de la propreté ?  Combien de temps cela peut prendre ?  On aimerait tous vos conseils sur ce sujet !

Bonjour Avis de mamans,

L’apprentissage de la propreté débute habituellement lorsque l’enfant commence à parler et cherche à être autonome, c’est à dire en général autour de 2 ans, mais les variations sont très importantes d’un enfant à l’autre. En effet, certains vont être propres vers 12 ou 18 mois quand d’autres le seront vers 3 ans ou 3 ans et demi. L’entrée en maternelle, peut marquer l’ultime étape… Et être (malheureusement)  source de stress pour les parents….

Il faut 4 critères réunis pour considérer que l’enfant est prêt à enlever ses couches :

  • Il doit avoir acquis la maîtrise physiologique de ses sphincters*,
  • Il doit être autonome sur le plan moteur et du langage pour prévenir et aller sur le pot,
  • Il doit avoir envie de faire comme les grands et manifester l’envie d’être propre,
  • Il doit être « autorisé » par ses parents à grandir et ne plus être considéré comme un bébé ;

Car oui, il doit être prêt physiologiquement et psychologiquement pour devenir propre comme un grand!

  • Au cours de la première année, le bébé urine de manière réflexe : il ne décide pas du moment où il fait pipi, mais le muscle de sa vessie se contracte involontairement lorsqu’elle est suffisamment remplie. Progressivement entre 12 et 18 mois, des connexions nerveuses se développent entre l’appareil urinaire et le cerveau permettant au jeune enfant de prendre conscience physiologiquement que sa vessie est pleine et qu’il a donc envie d’uriner. Ensuite, l’enfant va se rendre compte qu’il peut contrôler son sphincter urinaire, et se retenir ou faire pipi sur commande. S’il a envie de faire comme les grands, est motivé et encouragé, il pourra donc alors demander  à être accompagné sur le pot.
  • Il en est de même pour les selles. La défécation, jusqu’à l’âge de 6 mois environ, est totalement involontaire, uniquement sous l’influence d’un réflexe gastro-colique (c’est à dire dépendant de l’arrivée des aliments dans le tube digestif). En grandissant, des connexions nerveuses vont également s’établir entre le sphincter anal, le rectum et le cerveau. Et le nourrisson prendra alors conscience qu’il expulse ses selles (d’ailleurs, très tôt, on peut remarquer que le bébé arrête son activité et pousse volontairement). Mais comme pour les urines, le contrôle des sphincters ne suffit pas pour être propre !

L’acquisition de la propreté pour les selles peut précéder ou non l’acquisition de la propreté pour les urines, ou survenir dans le même temps.


 

2°)Dr Balzamo, tout cela est très théorique, mais dites-nous en pratique, comment faut-il procéder lorsqu’on sent que l’enfant est prêt (et que nous le sommes aussi!) ?

 C’est vrai, tout cela est théorique, mais on ne peut pas ignorer la physiologie.

Voici les conseils que je peux vous donner pour aider votre enfant à devenir propre :

  • Première chose : pas de pression de réussite immédiate ! L’apprentissage de la propreté peut se faire pour certains en quelques jours, pour d’autres en plusieurs mois.
  • Faites l’acquisition d’un pot quand l’enfant manifeste ou exprime qu’il a fait dans sa couche (vers 12/ 24 mois)
  • Familiarisez-le avec son pot, sans lui demander de l’utiliser, mais en lui expliquant à quoi il sert. Proposez à l’enfant de s’asseoir dessus, même habillé.
  • Essayez d’instaurer des petits rituels (surtout si vous avez remarqué que l’enfant avait des selles ou faisait pipi toujours au même moment, en général après un repas ou avant le bain), en lui proposant de s’asseoir sur le pot à ces moments-là. Dans les premiers temps, restez à côté de lui, à sa hauteur, et pourquoi pas en lui lisant une histoire. Pour répondre à certaines questions de mamans, il est bien entendu normal que l’enfant reste assis sur son pot sans rien n’y faire au début !
  • N’essayez jamais d’asseoir l’enfant de force, ni ne lui faites du chantage affectif. Cela pourrait le bloquer et il pourrait se retenir d’aller sur les toilettes par esprit d’opposition.
  • En cas de réussite, félicitez-le de manière à ce qu’il se sente fier de lui, mais ne le remerciez pas comme s’il avait fait ça pour vous. Ne le punissez pas à cas d’accidents mais rassurez-le, ceux-ci sont normaux dans les 6 mois qui suivent le retrait des couches.
  • Enfin, lorsque vous sentez que l’enfant est motivé, qu’il a envie d’être propre (par exemple pour imiter son frère ou sa soeur), faites-lui confiance et proposez-lui de mettre des petites culottes, il en sera très fier. Bien entendu, c’est souvent plus facile de retirer les couches en été (et dehors!): l’enfant dévêtu prendra beaucoup plus rapidement conscience qu’il est en train de faire pipi, le déshabillage est plus rapide (et les parents n’auront pas à nettoyer le parquet ou la moquette…). Et dans le jardin, n’hésitez pas à laisser les petites filles faire pipi en position accroupie et les garçons debout, il prendront plus vite conscience qu’ils urinent de manière volontaire en visualisant leur jet d’urine. Mais si l’enfant préfère être dans les toilettes, respectez sa pudeur.
  • En cas de difficultés, remettez à plus tard et laissez une tierce personne (ou des enfants plus grands) l’accompagner dans cet apprentissage. 

3°) Entre pot et toilettes des grands, que choisir ?

L’enfant doit être confortablement installé, les pieds au sol et les jambes écartées. C’est pourquoi les pots ont été conçus ! Le réducteur des toilettes est habituellement utilisé plus tard, quand l’enfant grandit.

Dans le cas particulier des quelques enfants qui refusent de s’asseoir sur le pot mais qui manifestent leur désir d’utiliser les toilettes des grands, il est conseillé d’utiliser un réducteur de toilette confortable et ergonomique, d’installer des marches pour que l’enfant repose ses pieds et de bien baisser ses vêtements en dessous des genoux (car jambes serrées, la vidange de la vessie est incomplète).

Enfin, le pot n’est pas à considérer comme un objet sacré. L’enfant peut en utiliser plusieurs différents, dans des lieux différents.

4°) Au fil de la discussion de mercredi dernier, on s’est aperçu que beaucoup d’enfants avaient des difficultés à faire caca dans le pot. Est-ce si fréquent ? Pourquoi ? Des conseils ?

Les épisodes de constipation sont fréquents au moment de l’apprentissage de la propreté car la prise de conscience du sphincter anal est précoce, et l’enfant est facilement capable se retenir d’aller à la selle, de manière volontaire.

Mais pourquoi décide-t-il de se retenir ?

  • On trouvera des explications dans les descriptions de Freud. C’est ce qu’on appelle la « phase anale ». L’enfant peut volontairement se retenir : il garde ses selles, elles sont à lui. Il les garde encore plus s’il veut monter à ces parents qu’il est capable de décider, de maitriser le monde. Et encore plus s’il est en opposition par rapport à eux, notamment en cas d’apprentissage par la force ou le chantage affectif.
  • Il se peut aussi qu’il ait peur de voir ses selles dans le pot ou disparaître dans les toilettes (au départ, si on ne lui explique pas, il peut penser qu’il a perdu quelque chose).
  • Ainsi, en se retenant volontairement, ses selles s’accumulent dans l’ampoule rectale, deviennent volumineuses ou forment parfois un bouchon dur, et l’expulsion devient douloureuse (l’anus peut se fissurer). Ensuite, comme l’enfant a eu mal, il se retient. Etc, etc… et on comprend le cercle vicieux.
  • Dans d’autres cas, il peut s’agir d’une constipation transitoire responsable de douleur à la défécation  (secondaire à un changement d’alimentation, à un long trajet, une fièvre…) Mais le résultat est le même : les selles volumineuses ou dures font mal, l’enfant a peur, donc se retient, etc. 

Les conseils :

  • Ne forcez jamais l’enfant, ni ne le grondez s’il refuse. Rassurez-le. Expliquez que tout le monde va à la selle. Ne l’obligez pas à tirer la chasse s’il refuse.
  • Si les choses s’installent, consultez rapidement le pédiatre pour mise en route d’un traitement laxatif, pommade cicatrisante pour l’anus, et bien entendu, essayez dans la mesure du possible que l’enfant mange des légumes verts, des aliments riches en fibre, et évitez les sucreries et féculents.
  • Dans la plupart des cas, il faut plusieurs mois pour sortir de ce cercle vicieux. Les traitements laxatifs prescrits pour les enfants qui en ont besoin doivent souvent être poursuivis pendant de longues semaines et ne pas être arrêtés brutalement.

5°)  Bon, ça y’est, l’enfant est propre pendant la journée. Comment ça se passe ensuite pour la nuit ?

La plupart des enfants deviennent propres la nuit dans les mois qui suivent l’acquisition de la propreté de jour (en général entre 3 et 4 ans), mais là aussi, il existe de grandes variations entre les enfants. La vessie a, après l’âge de 3 ans, une maturation physiologique et une capacité suffisante pour se retenir toute une nuit, et l’enfant est maintenant capable de sortir de son lit tout seul pour aller sur le pot en cas de besoin urgent (Ah oui ! c’est bien de laisser un pot au pied du lit chez les tout-petits ). Alors si les couches sont sèches pendant la sieste et régulièrement le matin au réveil,  proposez à l’enfant de les retirer. Mais les accidents sont fréquents au début, pas de panique. Ce n’est qu’après l’âge de 5 ans qu’on parle d’énurésie si l’enfant fait toujours pipi au lit.

On en discute la semaine prochaine, Avisdemamans ?

Merci Dr Balzamo ! C’est maintenant beaucoup plus clair ! Surtout, moins stressant quand on sait tout ce qui se passe en réel dans leurs petits organismes !

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Docteur Eve Balzamo Publié le 4 mai 2012 Par Docteur Eve Balzamo
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