INSCRIPTION

Le Medef et moi une histoire d'amour

Ce texte, je l’ai écrit en avril dernier…Aujourd’hui, j’avais tout particulièrement envie de le partager.

 Il y a 3 semaines, je montais sur l’estrade du MEDEF- antre du patronat français.

C’est à l’occasion d’une grande réunion de la Fédération Pionnières (l’incubateur au féminin qui héberge ma société depuis 2 ans), que j’avais été sollicitée.

L’objectif, parler de moi, d’avisdemamans.com et de ma conception de l’entrepreneuriat en général et au féminin en particulier.

J’étais sacrément flattée, fière et motivée.

Il y a 3 semaines j’avais les idées claires mais le verbe fatigué. Et dans ces moments là, j’ai une fâcheuse tendance à utiliser l’humour ascendant provocation comme outil de travail.

Dois-je rappeler que mon humour semble parfois perché, ironique, agaçant voire piquant ? Que parfois, je suis même la seule à le trouver drôle ?

C’est pourtant ma défense, ce jour-là il s’est mû à mon insu en attaque prolétaire. Travail de l’inconscient ?

« Elsa veut incarner un nouveau modèle, un nouveau visage de l’entrepreneuriat féminin ». C’est ainsi qu’on scande mon nom et qu'on m'invite à monter les marches.

Le cœur battant la chamade, la main tremblante, je saisis le micro.

Et là, je lâche, sourire figé aux lèvres «  Oui, un entrepreneuriat dont l’argent n’est pas le moteur ». Cette phrase n'était que la réaction immédiate au discours précédent d'une de mes consoeurs qui se targuait de dite" J'aime l'argent. Il ne faut pas monter sa boîte si on n'aime pas l'argent".

300 personnes devant moi, 600 yeux ouverts (certains étaient fermés, il faut dire que j’intervenais après 5 autres entrepreneures) et surtout 7 « experts » de "talents" assis face à moi, également sur la scène.

Des experts parmi lesquels des banquiers, des entrepreneurs, des héritiers d’entreprise ou des repreneurs. Bref, des mentors potentiels, des exemples à suivre, des aspirations à devenir.

Le déroulé est simple. J’interviens 5 min, ils commentent 10 min.

10 min qui auraient du être inspirantes, enivrantes, éblouissantes de conseils pragmatiques tirés de leurs belles années d’expériences…

Et surtout une parole bienveillante à mon endroit. Je suis la relève après-tout.

Que nenni. Voici les remarques auxquelles j’ai eu droit

 

-       Attention, tout va bien conseil de confucius. Déjà le spectre du pessimisme qui nous envahit, et qui nous englue dans une sinistrose bientôt trentenaire.

-      Bon courage pour votre levée de fonds Ironie glaçante d’un sociétaire établi qui semble aimer bien plus l’argent que les entreprises.

La meilleure, c’est tout de même celle-ci :

-      L’argent est le moteur de l’entreprise, c’est sa création de valeur. Et ce que votre mépris pour l’argent me choque !

Et c’est une femme qui me l’a lancé au visage claquante comme une gifle. Alors Madame, non, je ne méprise pas l’argent. Je ne sais pas ce qu’est le mépris et c’est à mon éducation que je le dois et j'en suis plutôt fière. En revanche, j’ai senti dans votre ton beaucoup de fiel et d’agacement à mon endroit. C’est vrai que je suis agaçante à penser que tout est possible en innovant sur les chemins à prendre, en luttant contre le conformisme et les étiquettes.

Durant cette « confrontation » je dois dire que j’ai été prise d’un rire nerveux intérieur… L’argent comme création de valeur ? Ah ben effectivement, tout s’explique alors...

Aujourd’hui, pour ma part, la création de valeur d’une société se note sur sa capacité à autofinancer sa croissance, ses projets, ses salariés… sa capacité à embaucher, sa capacité à innover, sa capacité à donner envie à d’autres de faire pareil, de se dire que c’est possible.

Alors bien sûr, sans argent cela n’existe pas. On peut jouer sur les mots et se dire qu’au final nous étions tous d’accord eux, et moi.

Sauf que les mots, le style, c'est important

Associer « argent » et « création de valeur » c’est bel et bien cela qui me choque… même si je suis fan des eighties ;-)

Car derrière ces mots, cette association de mots,  se cachent actionnariat, fonds d’investissement, entrepreneurs pendus à la corde des financiers qui les rendent exsangues d’un côté et une fiscalité inadaptée aux créateurs d’emploi du futur que nous sommes de l’autre…

Quid de l'argent quand le  travail redevient un moyen d'accéder à une reconnaissance sociale ? Quid de l'argent quand se prive depuis 3,5 ans de salaire pour créer des emplois et qu'ils soient pérennes ? Quid de l'argent quand on bosse jour et nuit en cumulant les emplois en plus de celui de dirigeant pour avoir à nouveau du plaisir à travailler ? 

Ce plaisir dont ces "experts"  ou leurs paires m'ont privé mes dernières années de salariat.

Ce matin, j’entends que Black Rock, éminente société de gestion appelle les dirigeants de 150 grandes entreprises européennes à ne pas abuser des dividendes auprès de leurs actionnaires mais de privilégier l’investissement pour l’entreprise.

C’est à dire penser long terme, construire, se projeter, utiliser l'argent à bon escient… ENFIN…

Je me dis que c’est peut-être le début du changement… Une gestion pragmatique, long terme qui ne confond pas vitesse et précipitation… N’est-ce pas ironique que le propre créateur du système en voit sa fin et vire à 180 degré ?

Soit c’est l’effondrement du système comme un château de cartes et tout le monde perd, soit une discipline positive se met en ordre pour rééquilibrer les plateaux de balance pour la pérennité de celle-ci.

Les créateurs d’aujourd’hui ont encore la foi, les créateurs ont encore l’énergie, les créateurs ont la folie de penser qu’ils peuvent déplacer des montagnes sur un modèle différent de celui de nos ainés… C'est possible.

Je me disais encore ce matin, quand moi j’y crois, les autres y croient aussi pour moi, avec moi.

Alors non, l’argent n’est pas la valeur de MA société.

En revanche, sa longévité, sa capacité à s’autofinancer, sa capacité à développer de nouveaux projets, l’épanouissement de mes salariés et leur confiance sont de véritables indicateurs de création de valeur…

Quant au TRAVAIL, il reprend alors toutes ses lettres de noblesse dans un véritable effort collectif.

Suis-je idéaliste, naïve ou visionnaire ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est ce que je fais au quotidien pour rester fidèle à mes valeurs et mon ambition pour les miens. Etre libre, être soi.

Et prévoir quand je serais en capacité de le faire, de faire  descendre mon ascenseur social avec une valise de billets à l’intérieur, pour les autres.

Et ça, c’est déjà un succès pour la jeune entrepreneuse que je suis.

C’est important les mots.

  

Au Medef
avisdemamans avis Publié le 29 janvier 2015 Par avisdemamans avis
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