Les p'tits canards, il faut leur clouer le bec

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Dimanche matin. Il fait tellement beau ! Du haut de ses trois ans, Sidonie s’est levée en pleine forme. Devant ce beau ciel bleu, une idée fuse dans ses jolis yeux noirs : Papa, on va donner du pain aux canards ! Tope-la !

Sidonie s’habille vite avec son frère et sa sœur. Je prends les vélos dont il faut gonfler tous les pneus. J’ai chaud. Allez Papa, on se dépêche. Il ne faudrait pas que les canards s’envolent sans leur pain ! Ben tiens !...

Dehors, tout le monde appuie à font sur les pédales. Et puis les voilà ! Ils semblent bien paisibles, et bien loin de s’en aller… ouf ! Ils nous attendaient, Papa. Quel festin ! Même les mouettes et les poules d’eau viennent quémander tes miettes jetées à l’eau. Tu parais tout petite devant tous ces gros gourmands. Est-ce qu’ils ont au moins remarqué ton grand sourire ? ...

Et puis, c’est fini. Tu as distribué tout ton pain, avec mes quelques petits cailloux en rab.

On va rentrer. Tu remontes sur ton bolide orange et bleu. Le rythme n’est plus le même. Tu as le temps pour toi. Quel doux soleil d’hiver ! Tu profites de cette lumière qui caresse ta petite frimousse rosie. Et puis quel sentiment du devoir accompli ! Les canards n’auront pas faim aujourd’hui, et c’est grâce à qui ?

Je te vois t’éloigner. Tu roules sur une ligne imaginaire, même si tu profites de tout ce qui ‘entoure. Un coup d’œil à gauche, un coup d’œil à droite, un coup d’œil en l’air ! Et tu files… sans même apercevoir cette dame qui vient sur son grand vélo à contre sens. Au pire, le chemin est tellement large que cela ne t’inquiéterait pas beaucoup. Tu avances tranquille, heureuse.

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Je te vois t’éloigner. Tu roules sur une ligne imaginaire, même si tu profites de tout ce qui ‘entoure.

Un coup d’œil à gauche, un coup d’œil à droite, un coup d’œil en l’air ! et tu files… sans même apercevoir cette dame qui vient sur son grand vélo à contre sens. Au pire, le chemin est tellement large que cela ne t’inquiéterait pas beaucoup. Tu avances tranquille, heureuse.

La grande dame, elle continue d’avancer tout droit en te regardant, les yeux froncés derrière des lunettes sévères. L’allure est bien moins paisible à en croire son mouvement de guidon pour t’éviter au dernier moment, suffisamment près pour te dire : « Fais attention ! il faut regarder devant toi quand tu fais du vélo, sinon… ». 

Tu es tellement heureuse que tu ne sembles même pas l’avoir entendue. Tu es dans ta bulle de rêve, calme, avec quelques petits canards qui volent peut-être, en tout cas bien loin de la leçon que cette grande Duduche semble vouloir te donner avec délectation.

Passée à ma hauteur, elle termine son passage professoral par un grand « et tu croirais qu’il s’excuserait… ». Je me retourne pour lui expliquer ce que je pense en criant très fort que tu n’as que trois ans et que tu roules droit avec tes roulettes ! Pour me soulager j’avoue que je rajoute quelques noms d’oiseaux ! C’est leur matinée ! La Duduche accélère et s’en va la tête haute. C’est la fuite.

Et puis je te regarde à nouveau ; tu pédales toujours à ton rythme, étrangère à tant de bêtise, indifférente à ce monde où les gens semblent vouloir râler pour tout pour rien juste pour avoir le sentiment d’exister.

La grande Duduche avait sans doute lu « Indignez-vous » mais juste de travers. Et toi, tu pédales dans ta bulle. J’ai le cœur retourné. Et toi tu pédales encore… Je t’aime.

pilou . Publié le 11 février 2014 Par pilou .
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