INSCRIPTION

Lettre ouverte à Najat Vallaud-Belkacem

Najat Vallaud Belkacem

Chère Madame La Ministre,

Ce soir, j’ai pris la plume pour vous dire merci et vous dire que cette polémique concernant l’agenda de votre proposition d’amendement à la loi Veil sur l’Interruption Volontaire de Grossesse est absolument ahurissante.

Dans ces débats, c’est tristement la politique politicienne qui prend le pas sur la conservation du Droit des Femmes si durement acquis et surtout son renforcement 37 ans après le discours de Simone Veil.

Supprimer la notion de « détresse » comme motif pour avoir recours à l’IVG retire ( quasi instantanément dans le texte) la culpabilité qu’éprouvent les femmes au moment de l’entretien préalable à l'IVG, et fait indéniablement prévaloir la véritable notion de choix.

Non, je ne désire pas cette grossesse.

Non, je refuse d’être enceinte.

Non, je ne veux pas et c’est mon choix.

Entendre Marion LePen Maréchal brandir le terme d’avortement de confort me glace le sang et me fait honte. 

Comment imaginer une seule seconde que subir une IVG soit un confort ? Quelle femme est-on à juger à ce point le choix d’une autre femme ?

L’IVG n’est pas un moyen de contraception, ce n’est pas un acte anodin. C’est une épreuve, une véritable mutilation, une cicatrice qui se rappellera à cette femme, à ce couple , ce 11 février ou bien ce 6 juillet…Ils n’oublieront pas, ils feront avec, ils se construiront tout contre (ou pas) , avec la promesse qu’un jour le choix ce sera OUI.

Pas pour réparer, pas pour se sentir mieux...juste parce que c'est lui, c'est elle, c'est le moment et surtout parce que JE LE VEUX.

Et il y aura toujours le choix, il faut qu’il y ait toujours le choix.

Ce soir, je me sens mieux, ce soir je sens qu’un pas est franchi pour les femmes qui avorteront demain. Elles ne seront plus des femmes en « détresse ».

Mais des femmes qui choisissent avec plus ou moins de colère, de tristesse, de détermination, de révolte, de résignation, de culpabilité ou de certitude, mais des femmes un peu moins stigmatisées qu’hier…

Hasard ou coincidence, notre débat français de ce soir a une résonnance toute particulière de l’autre côté des Pyrénées.

Nous supprimons le terme de « détresse » pour le recours à l’IVG quand le gouvernement espagnol en place souhaite l’imposer comme quasi seul motif d’avortement hormis le viol et les problèmes physiologiques du fœtus.

Ironie du sort ou parfait timing pour manifester un soutien aux femmes espagnoles ?

Finalement, ce débat sur l’agenda me fait sourire.

C’était parfaitement ciblé. Quoi de mieux pour nous rappeler qu’il faut être en alerte.

Le droit des femmes n’a pas de couleur politique, il est l’affaire de tous ceux qui se battent pour donner à leurs enfants une véritable société progressiste.

C’est à mes ami(e)s espagnoles que je pense ce soir et rien que pour eux (et beaucoup pour nous) je vous dis Merci.

 

Rien que pour dormir (un peu) apaisée, relisons quelques belles phrases du Discours de Simone Veil à l'Assemblée nationale, le 26 novembre 1974 pour défendre Loi du 17 juin 1975
 relatives à l'interruption volontaire de grossesse.

"Parce qu'en face d'une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu'en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l'argent, si elle sait s'informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.

C'est à ce désordre qu'il faut mettre fin. C'est cette injustice qu'il convient de faire cesser. »

avisdemamans avis Publié le 22 janvier 2014 Par avisdemamans avis
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