Point sur le spasme du sanglot par le Dr Eve Balzamo

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Qui n’a pas eu la peur de sa vie en voyant son petit bout devenir tout bleu après ou pendant une crise de larmes ? Qui n’a pas culpabilisé des heures, des jours et toujours aujourd’hui après cet événement traumatique pour la famille? 

Avisdemamans.com vous apporte les réponses aux 5 questions sur le thème  « Le spasme du sanglot : on veut tout savoir ! »

Interview du Dr Balzamo, pédiatre, auteur du Guide de Santé Pour Les Enfants de 0 à 14 ans aux éditions Flammarion

1°) « Bonjour Dr Balzamo , Nous avons toutes entendu parler des spasmes du sanglot, ou même en avons été témoins. C’est très effrayant ! Pouvez-vous nous rappeler comment cela se manifeste ? Est-ce qu’il y a plusieurs formes de spasmes du sanglot ? Etes-vous bien sûre que l’enfant va toujours reprendre sa respiration et revenir à lui ?

Oui, c’est très effrayant de voir un (notre !) bébé s’arrêter de respirer ou tomber dans les pommes sous nos yeux ou dans nos bras, mais c’est certain, un spasme du sanglot est toujours bénin ! L’enfant va toujours revenir à lui et n’aura aucune séquelle !

Comment le décrire ?

Et bien, typiquement, le spasme du sanglot survient alors que le bébé est en train de crier, souvent au moment d’une contrariété, d’un énervement ou d’une peur. Il pleure, hurle, puis bloque sa respiration et n’arrive plus à la reprendre. On le voit bouche ouverte, sans qu’aucun son ne sorte, pendant 2 à 3 secondes. Parfois, le spasme se prolonge et les lèvres de l’enfant bleuissent. Cette apnée peut provoquer une perte de connaissance, avec hypotonie (le bébé devient tout mou), révulsion oculaire, et parfois même secousses musculaires.

Puis l’enfant revient à lui très rapidement, comme si de rien n’était.

Cette forme de spasme est la forme « bleue » (par apnée).

Il existe une autre forme de spasme du sanglot, moins connue mais encore plus impressionnante : la forme « blanche ». Le spasme survient alors sans sanglots, mais toujours au moment d’une frustration, peur, émotion, ou contrariété. Le bébé devient soudain extrêmement pâle au niveau de son visage, puis il perd connaissance. C’est terrible, il est comme mort ! Cette forme de spasme équivaut en quelque sorte à un malaise vagal, et l’enfant va revenir à lui, tout seul et sans séquelles bien sûr, comme dans la forme typique.

Parfois, les 2 formes de spasmes du sanglot se succèdent : bébé pleure, hurle, s’arrête de respirer, devient bleu, puis soudain tout blanc, et hop, il tombe dans les pommes.

Un élément très important dans la description du spasme du sanglot est qu’il survient habituellement avec les parents (ou avec les personnes qui ont une grande proximité avec l’enfant), et en général aussi toujours avec la ou les mêmes personnes…

Un malaise -bleu ou blanc- qui surviendrait dans d’autres conditions nécessite impérativement une consultation médicale.

2°) Mais alors, pourquoi certains enfants font des spasmes du sanglot et d’autres jamais  ?

Les mécanismes du spasme du sanglot sont encore mal élucidés et son origine est vraisemblablement multifactorielle. L’hypothèse principale de la survenue de ces spasmes est une immaturité ou une dysfonction du système nerveux autonome chez le tout-petit (le système nerveux autonome contrôle les fonctions centrales du corps, comme la respiration et les contractions cardiaques). À cela s’ajoute des traits de caractères particuliers (comme l’intolérance à la frustration, l’émotivité, l’anxiété, la colère facile…), et chez certains aussi une anémie par manque de fer (1).

Par ailleurs, il semble qu’il y ait pour certains aussi une part d’hérédité (35% des enfants qui font des spasmes du sanglot ont un parent qui lui aussi faisait des spasmes étant enfant)(2). En revanche, il n’y a pas de différence entre les filles et les garçons.

3°) À quel âge cela commence ? Et à quel âge cela s’arrête ?

Les spasmes du sanglot sont surtout fréquents vers l’âge de 18 mois, et se manifestent chez la plupart des enfants entre 6 mois et 3 ans. Mais ils peuvent survenir beaucoup plus tôt, dès les premières semaines. Ils cessent en général vers 5 ans. Ouf !

Il n’est en revanche pas classique que les premiers spasmes du sanglot débutent après 3 ou 4 ans. Si c’est le cas, il faut consulter rapidement pour être sûr qu’il ne s’agisse pas d’autre chose.

4°) On entend dire qu’il faut ignorer l’enfant lorsqu’il fait un spasme du sanglot. Est-vrai  ? Comment réagir lorsque cela arrive  ?

Oui, c’est tout à fait vrai ! Car il est primordial de ne pas rentrer dans une spirale infernale : la plupart du temps, les parents ayant eu très peur au moment du premier spasme du sanglot redoutent  que cela ne recommence… Et ont alors tendance à tout faire pour que cela ne se reproduise plus. Mais la clé est là ! Il ne faut surtout pas montrer à l’enfant qu’on attache de l’importance à ce qu’il vient de se passer. Ignorer l’enfant ou détourner son regard lorsqu’il est plein spasme est une des solutions.

L’enfant se rend vite compte que ses proches (inquiets) essaient de faire en sorte de ne pas le contrarier, ni ne le laissent pleurer, ou le protègent un peu trop pour qu’il ne se fasse pas mal.  Il va alors en profiter,  et continuer à faire des spasmes du sanglot comme pour leur montrer qu’il est capable de les maîtriser… Alors qu’il a, au contraire, besoin de limites fermes. Car c’est angoissant de vouloir maîtriser son entourage à cet âge  !

Alors comment réagir si l’on est confronté à un spasme du sanglot ?

Et bien il n’y a rien de particulier à faire sauf garder en tête et se répéter qu’il n’y a aucun risque et que le spasme du sanglot n’est jamais mortel ! Le bébé ou l’enfant va revenir à lui tout seul, de manière réflexe, et reprendre sa respiration.

Inutile donc de le tapoter ou de l’asperger d’eau. Et surtout ne le secouez pas ni ne le suspendez par les pieds.

Faites seulement en sorte qu’il ne se blesse pas s’il venait à perdre connaissance et tomber, et tournez les talons.

Lorsqu’il revient à lui, n’attachez aucune importance à l’épisode, et ne montrez surtout pas que vous avez eu peur.

Si les épisodes se répètent trop souvent ou si vous avez un doute sur le diagnostic, parlez-en à votre pédiatre.

 Enfin, aucun traitement n’est recommandé aujourd’hui pour les enfants qui font des spasmes du sanglot répétés. Une supplémentation par fer (1) peut parfois être envisagée, selon les cas, par le pédiatre de l’enfant. Des études sont en cours sur médicament (3).

 

Découvrez toutes nos fiches santé - pédiatrie rédigées par notre pédiatre en cliquant ici

 

 

 1 -Changes of autonomic nervous system function in patients with breath-holding spells treated with iron. Orii KE, Kato Z, Osamu F, Funato M, Kubodera U, Inoue R, Shimozawa N, Kondo N.  J Child Neurol 2002 May;17(5):337-40.

2- Prospective study of children with cyanotic and pallid breath-holding spells. DiMario FJ Jr. Pediatrics 2001 Feb;107(2):265-9.

3-Double-blind, placebo-controlled trial on the effect of piracetam on breath-holding spells. Sawires H, Botrous O. Eur J Pe, 2012 Feb 1.

Docteur Eve Balzamo Publié le 22 mai 2012 Par Docteur Eve Balzamo
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