Soyons indulgentes envers nous-mêmes

Aujourd'hui, j'étais plutôt en forme.

J'ai déjeuné avec une vieille connaissance avec laquelle je me suis remémorée mes années de salariée et les petites remarques sexistes dont je faisais l'objet.

J'ai réalisé qu'à l'époque, ce qui m'avait choquée n'était pas tant ma "chosification" mais plutôt le fait que je découvrais que les relations de travail étaient sexuées.

Ce constat fut un véritable choc.

Ben oui, élevée par un père portugais, le raccourci hébété voudrait qu'il ambitionne pour moi la maîtrise du bacalhau a bras...

Eh bien non, il n'a eu de cesse de me répéter ainsi qu'à ma soeur ainée : soyez indépendantes financièrement, de penser, de choix. La vie est pleine de surprises, bonnes comme mauvaises. 

Bien sûr, ses recommandations passaient par une capacité de travail hors norme, par une éducation sans faille et surtout une sacralisation de la valeur travail comme reconnaissance sociale.

Alors, j'ai bossé, bossé et encore bossé. 

J'ai eu mon fils.

Je suis retournée au bureau il avait 2,5 mois. Ca ne m'a pas choquée - en revanche ça en choqué d'autres, des femmes...j'ai fait avec.

J'ai eu ma fille 3 ans après, je suis retournée bosser, elle avait 2,5 mois. Ca ne m'a pas choquée...Ca en a choqué d'autres, des femmes, et j'ai encore fait avec...

Puis, j'ai eu ma deuxième fille, je suis retournée bosser, elle avait 4 mois.

3 mois après, je me faisais virer comme tant d'autres femmes au retour de congé maternité.

Ca m'a choquée qu'on puisse penser qu'une femme active de 3 enfants ne soit plus en capacité d'exercer un job de haut niveau...En revanche, ça n'a choqué personne, surtout pas les femmes résignées de leur sort.

Alors j'ai monté ma boîte comme outil indispensable à mon émancipation de ces regards courroucés faussement dissimulés. Ca fait 3 ans.

 

Ce matin, je suis partie vite conduire mes 3 enfants à l'école...

Faute de nounou, j'ai du courir pour récupérer mon fils à 16h30 et l'accompagner au ping-pong.

Une de mes filles m'attendait également. Elle avait oublié que la nounou viendrait plus tard, la récupérer à 17h30 avec sa cadette. Je lui explique - elle comprend et s'apprête à retourner à l'étude comme prévu dès le départ.

En revanche, je vois le regard désapprobateur et choqué de son ATSEM...

C'en est trop pour elle. Non seulement j'ai fait attendre ma puce mais en plus, je ne la récupère pas...

Devant ma fille, et fortement dans le couloir, elle lance " Elle n'avait pas de goûter votre fille"

Ben non...dans la précipitation de la matinée, entre le cartable de l'une, le sac de ping-pong de l'autre, le chèque de l'étude...j'avais oublié.

Etes-vous infaillible vous ? Moi non, et surtout je ne le revendique pas.

En revanche, si il y a bien un truc dont je suis sure c'est que mon amour pour les miens est sans faille...et ils le savent.

Qu'il est dur le jugement des femmes sur les autres femmes. Je suis prête à parier qu'un homme ne m'aurait pas fait la réflexion sur l'absence de gouter ou peut-être alors d'une autre façon, moins violente.

Alors, une autre évidence m'est apparue...

Le plus grand barrage au féminisme ce sont les femmes elles-mêmes.

Allez, un peu plus d'indulgence et de solidarité entre nous

 

avisdemamans avis Publié le 14 octobre 2014 Par avisdemamans avis
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