Tout savoir sur les coliques du nourrisson

Intro

1°) « Bonjour Dr Balzamo, cette semaine nous abordons un thème qui nous a causé bien du souci pensant les premiers mois de vie de notre bébé. Car beaucoup de bébés souffrent de coliques. Mais comment les reconnaît-on ? Quels sont les symptômes ? »

Bonjour Avis de Mamans,

Les coliques du nourrisson (1) se manifestent à des moments variés de la journée mais principalement l’après midi ou le soir et plusieurs fois par semaine. Elles surviennent brutalement, généralement après un repas : le bébé soudain se tortille, s’agite, devient tout rouge et pousse sur ses jambes qu’il replie sur son ventre. Ses poings sont serrés, son visage crispé. Son ventre est dur, ballonné, tendu et on peut sentir des gargouillis ou des gaz sous la main.

Les pleurs sont difficiles à calmer et le bébé cherche souvent à téter pour s’apaiser (et non pas parce qu’il a faim). Les selles peuvent être liquides ou vertes et explosives et sortir en jet (à ne pas confondre avec une diarrhée). Les épisodes de pleurs peuvent durer plusieurs heures par jour.

Parallèlement, le bébé garde un très bon appétit, grossit régulièrement, et il sourit et est serein en dehors des épisodes douloureux.

2°) « Jusqu’à quel âge en souffrent-ils ?»

Heureusement, elles ne durent pas très longtemps ! Typiquement, les coliques du nourrisson peuvent commencer à partir de la 2 ème semaine de vie et sont maximales vers l’âge de 6 semaines. Elles s’atténuent ensuite et disparaissent habituellement après l’âge de 4 ou 5 mois.

3°) « Mais comment savoir si les coliques sont les seules responsables des pleurs de bébé ?  Quand faut-il consulter ? »

Les cris et la gesticulation anarchique sont les seuls moyens que possède le bébé pour exprimer une douleur, une angoisse ou un inconfort. Mais les pleurs du tout-petit sont souvent difficiles à interpréter pour les parents, et les coliques sont parfois désignées à tort comme responsables.

Les diagnostics différentiels sont :

  • Les pleurs « normaux »
  • Les pleurs du soir
  • Les pleurs de douleurs : douleurs digestives liées à un reflux gastro-oesophagien ou à une allergie au lait de vache, autres douleurs

C’est pourquoi il faut consulter si le bébé ne grossit pas bien ou si les pleurs sont excessifs et augmentent dans le temps.

4°) « C’est extrêmement désemparant pour les parents de voir le bébé se tortiller et hurler de mal au ventre. Y-a-t-il des causes ou des facteurs déclenchants ?  Pourquoi certains bébés ont des coliques alors que d’autres non ? C’est une question de « pas de chance ? »

La physiopathologie des coliques n’est pas totalement élucidée et les causes sont vraisemblablement multiples. Les douleurs abdominales sont probablement secondaires à l’immaturité du colon et de la flore intestinale, mais tous les bébés ne souffrent pas de coliques ! (15 à 30% environ en sont atteints(2)).

Les ballonnements peuvent être accentués lorsque le bébé boit vite et goulument en avalant de l’air, par exemple avec certaines tétines ou lorsque la maman allaitante a un réflexe d’éjection du lait très fort. Certains aliments consommés pendant l’allaitement sont parfois incriminés, mais sans réelle preuve.

Par ailleurs, les coliques du nourrissons sont plus fréquentes chez les bébés et foetus exposés au tabac et dans les familles en difficultés ou lorsque les parents sont anxieux (3, 4).

Elles seraient moins courantes chez les bébés nourris au lait maternel(5).

5°) « La vraie question est là : que faire pour calmer bébé !  Y a t-il des traitements médicamenteux ? »

Les coliques du nourrissons sont bénignes et leur évolution est toujours favorable, mais elles sont souvent mal vécues par l’entourage qui se sent totalement impuissant pour soulager le bébé. Des petits gestes et conseils peuvent réellement aider !

Au quotidien :

  • Rassurez-vous et ne vous inquiétez pas si le bébé a des coliques
  • Favorisez une atmosphère calme et détendue à la maison
  • Portez souvent le bébé contre vous

N’hésitez pas à consulter votre pédiatre pour être rassuré ! Au moment d’une crise :

  • Bercez le bébé, parlez-lui doucement, rassurez-le, gardez le contre vous.
  • Le contact et la chaleur peuvent détendre son ventre : allongez-le sur votre ventre ou portez-le sur votre avant-bras, son ventre contre la paume de votre main.
  • Essayez de l’aider à évacuer ses gaz en l’allongeant et en remontant ses jambes contre son abdomen pour le masser doucement ou massez délicatement son ventre avec vos mains.
  • Proposez-lui à téter une tétine ou votre doigt pour qu’il s’apaise par la succion.
  • Ne vous laissez pas envahir par ses pleurs et n’hésitez pas à laisser une tierce personne s’occuper de lui.

En prévention :

  • Si vous allaitez : poursuivez l’allaitement. Proposez un seul sein par tétée (le lait de début de tétée riche en lactose peut favoriser les coliques).Vérifiez si vous avez un réflexe d’éjection fort du lait. Essayez de supprimer de votre alimentation thé, café, laitages, agrumes, jus de pomme, choux et aliments qui fermentent, mais ne continuez pas ce « régime » en cas d’inefficacité !
  • Au biberon : choisissez des tétines et biberons anti-aérophagie, faites roter bébé après le repas et ne changez pas de lait sans l’avis du pédiatre. Dans certains cas de coliques importantes, il pourra vous recommander un lait appauvri en lactose (6).

 Les traitements :

  • Certains probiotiques sont efficaces dans les coliques du nourrisson (7).
  • D’autres traitements ou alternatives thérapeutiques peuvent être utilisés mais leur efficacité n’est pas démontrée et les bénéfices sont variables selon les enfants. Ce sont :
    • Les tisanes à base de fenouil (8)
    • L’acupuncture (9)
    • L’eau de chaux
    • Le gel de Polysilane ®
    • Le Débridat ® sur ordonnance.
  • Les séances d’ostéopathie ne sont pas à ce jour conseillées : il n’y a pas de preuves suffisantes(10, 11) , et la loi recommande un certificat médical de non contre-indication (12, 13) pour les bébés de moins de 6 mois.

Bon courage et patience !

1- Improving our understanding of the colicky infant: a prospective observational study. Kvitvaer BG, Miller J, Newell D. J Clin Nurs. 2012 Jan;21(1-2):63-9.

2- Colic in infants. Peter Lucassen. Clin Evid (Online) ; 2010 Féb 5.

3- Why are they having infant colic? A nested case-control study. Yalçin SS, Orün E, Mutlu B, Madendag Y, Sinici I, Dursun A, Ozkara HA, Ustünyurt Z, Kutluk S, Yurdakök K. Paediatr Perinat Epidemiol. 2010 Nov;24(6).

4- Focus on infantile colic. Savino F. Acta Paediatr. 2007 Sep;96(9):1259-64.

5- Breastfeeding may improve nocturnal sleep and reduce infantile colic: potential role of breast milk melatonin. Cohen Engler A, Hadash A, Shehadeh N, Pillar G. Eur J Pediatr. 2012 Apr;171(4):729-32.

6- Dietary treatment of colic caused by excess gas in infants: biochemical evidence. Infante D, Segarra O, Luyer BL. World J Gastroenterol. 2011 Apr 28;17(16):2104-8.

7- Lactobacillus reuteri DSM 17938 in infantile colic: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Savino F, Cordisco L, Tarasco V, Palumeri E, Calabrese R, Oggero R, Roos S, Matteuzzi D. Pediatrics. 2010 Sep;126(3):e526-33.

8- Nutritional supplements and other complementary medicines for infantile colic: a systematic review. Perry R, Hunt K, Ernst E.cPediatrics. 2011 Apr;127(4):720-33.

9-Acupuncture reduces crying in infants with infantile colic: a randomised, controlled, blind clinical study. Landgren K, Kvorning N, Hallström I. Acupunct Med. 2010 Dec;28(4):174-9.

10- Therapeutic effects of cranial osteopathic manipulative medicine: a systematic review. Jäkel A, von Hauenschild P. J AM Osteopath Assoc. 2011 Dec;111(12):685-93.

11-l’ostéopathie crânienne du nourrisson

12-article 3

13- seropp

Docteur Eve Balzamo Publié le 20 juin 2012 Par Docteur Eve Balzamo
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